avec dorota walczak, les lettres prennent corps et deviennent légères

Ce n’est pas un abécédaire comme les autres que nous offre l’artiste belgo-polonaise. Celui-là vient d’un cœur tout autant sensible que rebelle.

Quelle est cette jeune femme, toute en lettres, qui se dévoile à nous ? Il y a beaucoup d’insolence et de sensualité en elle. Le C soulève sa jupe, le L fait un drôle de poirier, le Q montre ses fesses, le U est sirène… Ainsi sont ses formes délicates magnifiquement dessinées par l’artiste à partir d’un bout de branche de groseillier (sic).

Mais que sont les mots derrière ces silhouettes ? Joviaux, surréalistes, sonores, cocasses, ils nous racontent les petites histoires d’êtres tendres et gracieux  : l’artiste attristé, Hallucine qui hallucine, le JE qui joue la « comédie des jalousies », Nicolas le nuageux, la moule immorale (hou !), le T beau… Tout est sujet au trouble et à l’émoi.

Que ces lettres trouvent place dans la collection pœsie de L’œil ébloui, rien de plus normal. Elles nous amusent, nous éblouissent par leur esprit sincère et profond, et nous font vraiment de l’œil.

Et nous, lecteurs, « zélés jusqu’au zeste ou désespérés, (…) nous sommes poètes. »
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Fontaine, autobiographie de l'urinoir de Marcel Duchampl’urinoir, un objet très usuel digne d’être le héros d’un roman

Dans son Dictionnaire abrégé du surréalisme,  André Breton définit le ready-made comme un « objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste ».

Un urinoir est récupéré par un artiste, Marcel Duchamp. Il le recueille, le collecte pour en tirer parti. Il lui donne un titre (Fountain), une date (1917), le signe, même anonymement (R.Mutt), le détourne sommairement de sa forme originale (un retournement de 180°), donc de son usage premier. Puis il le présente à un salon d’artistes. C’est une œuvre d’art.

Voilà 100 ans que la Fontaine de Duchamp a disparu, qu’elle n’existe que grâce à ses répliques et une photo unique d’Alfred Stieglitz, la seule preuve de son existence. Et voilà qu’elle réapparaît sous l’aspect d’un personnage de roman et qu’elle nous dit tout. Tout ce que vous avez voulu savoir sur elle (elle, la fontaine, lui, l’urinoir) sans jamais oser le demander.

Comment définir alors la transformation du ready-made lui-même en un objet parlant qui relate sa propre histoire et ce, dans un livre imprimé ? Un livre hommage, assurément.
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les questions innocentesles questions faussement innocentes de gilles baudry

C’est quoi une question innocente ? Une question naïve ? Idiote ? Inoffensive ? La question que pose les enfants et qui renvoie parfois aux choses simples ? Ou celle qui, sous son apparente candeur, nous ramène au désir de comprendre le quotidien, les événements ou le mystère de l’existence ?

Que nous apprennent alors les questions innocentes de Gilles Baudry ?

Sans réponse, elles savent nous dire l’inquiétude : Comment se tenir compagnie quand on est seul ?, témoignent de la beauté du monde : Les nuits blanches sont-elles l’insomnie de la neige ?, expriment la subtilité et l’ambiguïté du langage : Propriété privée de quoi ? Sentier battu par qui ?, interpellent l’imagination  : A quoi songe le rêve ? Vers quoi tendent les racines ? De quoi s’émeuvent les feuillages ? ou, très malignement, posent la question de la question : Puisque vous me soumettez à votre question, quelle réponse voudriez-vous entendre ?

A force d’être posées, elles ne semblent plus questions. La question est et ne dit rien d’autre que le questionnement. Elles affirment – avec certitude ? – que l’interrogation est déjà le savoir et la poésie.
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