tous les éditos

Sommaire :

hublots, « un univers enclos dans un cercle parfait »

l’évocation des dits de nantes

la non-rentrée littéraire de l’œil ébloui

l’ardoise magique, ou la permanence de l’écrit

18 libraires accueillent l’œil ébloui

ni lettre au père, ni papaoutai

premiers retours, premières lectures

l’odeur du papier chaud sortant des presses

marelle, flacon et maritimes

l’œil ébloui dans la toile de l’œ-commerce

[édito 10, septembre 2016]

hublots, « un univers enclos dans un cercle parfait »

Avant d’être des poèmes de John Taylor écrits en anglais (Portholes) et traduits par sa femme Françoise Daviet, Hublots, ce sont d’abord des peintures.

L’artiste Caroline François-Rubino se trouve dans une maison de pêcheur sur une île de la mer Égée. Les murs sont percés de hublots et dessinent un monde nouveau qu’elle essaie de reproduire.

John Taylor voit aussitôt un parallèle : un voyage décisif entrepris quarante ans auparavant, son départ au crépuscule, la traversée durant toute la nuit et puis la journée du lendemain, avant l’arrivée sur une île inconnue.

Les poèmes composés en dialoguant avec ces dessins évoquent les appréhensions, les espoirs et surtout les questionnements du poète pendant ce voyage qui va changer sa vie.

Il interroge ce qu’il aperçoit à travers l’ouverture : les îles-montagnes, les falaises longées de près, la brume, le soleil soudain et surtout ces « impressions fugaces, ombres mouvantes du pourtour et points lumineux » dont parle Caroline François-Rubino pour décrire ses propres perceptions quand elle composait ses hublots. « Un univers enclos dans un cercle parfait », ajoute-elle.

À travers les Hublots se rencontrent deux voyages parallèles, dans la réalité et dans la création, qui explorent pour le poète comme pour l’artiste le lointain et le proche, l’extérieur et l’intérieur, le soi et la nature, la perception et la persistance d’une impression.

 

[édito 9, janvier 2016]

l’évocation des dits de nantes

[Évocation 1] Les Dits de Nantes auront-ils leur place dans le patrimoine littéraire de la cité des Ducs ? Je m’amuse de cette interrogation en les imaginant aux côtés de La forme d’une ville de Gracq.

[Évocation 2] « Aussi magiquement mélancoliques que les clichés sépia d’antan, ces capsules temporelles ont également, parfois, toute la tristesse discrète de certaines œuvres de Jacques Demy » écrit Franck Redois dans Presse-Océan. Assurément, la référence au réalisateur d’Une chambre en ville plaira à Françoise Moreau. Voir la dédicace.

[Évocation 3] Amie de Françoise Moreau, Marie-Hélène Bahain se souvient : « Ah ! Les cars Drouin qui menaient certains d’entre nous vers nos pensionnats ou la ville, la traversée de Nantes, Pirmil, Decré et Les Dames de France, la vie serrée autour de nos clochers, le vignoble et ses dimanches… »

[Évocation 4] Bernard Bretonnière, sur le site de Mobilis, évoque la « belle écriture de Françoise Moreau ». « Belle, élégante, savoureuse et délicate dans l’ironie légère, un brin nostalgique ici, qui se plaît à retrouver des mots et des expressions surannés (…) en réveillant une mémoire nantaise teintée de douce mélancolie. Une écriture particulièrement attentive aux détails et aux êtres, singulièrement aux petites gens. »

[Évocation 5] Hasard du calendrier ? Au moment où sortent Les Dits de Nantes, paraît Vinyle face B, aux éditions Diabase, un nouveau récit de Françoise Moreau. En lisant le second, on se dit que le premier serait comme la face A d’une petite musique du siècle dernier.

 

[édito 8, août 2015]

la non-rentrée littéraire de l’œil ébloui

Loin du brouhaha médiatique de la rentrée dite littéraire, L’œil ébloui poursuit son petit bonhomme de chemin. Pas de livre le jour de cette rentrée, mais des projets qui s’affinent.

D’abord, ce sera juste après le clinquant des prix, vers la fin octobre, la publication d’un recueil de Françoise Moreau, Les dits de Nantes. Les dits commencent par une très longue dédicace au proviseur adjoint du lycée Jacques Demy, puis se poursuivent par 5 nouvelles plantées au cœur de l’histoire de Nantes, et aux titres évocateurs : Le pont Maudit, La Madeleine de l’Hôtel-Dieu, La traversée de Nantes, Le car Drouin, Le serment du quai de la Fosse. On en reparlera.

Puis, toujours en octobre, quelques présences à des salons. Cela reste à confirmer, mais participation demandée au Mans, lors de la 25e heure du Livre, et à Carhaix, au Festival du livre en Bretagne. D’autres salons aussi, plus tard.

Et puis, pour début 2016, cette nouvelle petite collection qui se profile. De la poésie. Oui, de la poésie, persuadé qu’elle a encore sa place sur le papier. Et des lecteurs, de nombreux lecteurs, quoi qu’on en dise. Dans la lignée du format initial, mais en plus court, 32 pages, pas plus. Et trois ou quatre auteurs d’un coup !

Pas de rentrée littéraire, donc, mais toute une année livresque qui prend forme.

 

[édito 7, décembre 2014]

l’ardoise magique, ou la permanence de l’écrit

L’œil ébloui propose une réédition du dernier écrit de Georges Perros, jamais publié en format livre. Gaëlle Guillamet-Metz, qui relate la genèse de l’édition dans l’ouvrage, présente le texte ainsi :

« L’ardoise magique a une place spéciale dans les écrits de Perros : ce texte relate, dans une continuité narrative rare chez lui, son cancer du larynx dont la récidive lui coûtera la vie le 24 janvier 1978.

Il raconte les étapes « obligées » du parcours du malade : la découverte de la maladie, les premiers examens et diagnostics, l’opération à Paris, le traitement aux rayons et la tentative de rééducation à Marseille, enfin le retour à Douarnenez et la vie d’après.

Cette narration autobiographique, à la fois lointaine et intime proche du roman-poème d’Une vie ordinaire, conserve toute sa force et son actualité car elle porte à son point d’incandescence la question qui n’a cessé d’obséder Perros : celle de la valeur de la parole. » (in revue Europe n° 983, mars 2011)

Parler autrement dit Bernard Noël dans sa postface : « Perros, quand il devient l’homme qui parle avec une ardoise, n’a plus d’autre choix que d’écrire ce qu’il parle. Il expérimente ainsi à la fois l’expression et son effacement comme le fait la parole sans que nous en ayons conscience. Il note que, face à ses visiteurs : « Écrire devient nécessaire. Ce qui risque de m’en dégoûter. On verra. » »

Tout le paradoxe de L’ardoise magique est là : perte de la parole, effacement de la trace sur l’ardoise, et, en même temps,  permanence de l’écrit, pérennité de l’œuvre, encore plus lorsqu’il s’agit d’une réédition.

 

[édito 6, juin 2014]

18 libraires accueillent l’œil ébloui

Tous les ouvrages de L’œil ébloui peuvent être commandés dans n’importe quelle librairie. Ils peuvent l’être également directement sur le site. Le mieux, c’est de les acheter sur place, dans l’une des librairies suivantes.

A Nantes, les lecteurs les découvriront chez les « historiques » de la capitale encore ligérienne : Coiffard, Durance, Vent d’Ouest (centre ville et Lieu unique), mais aussi  dans le bel espace des Nuits blanches ou chez la bien nommée Les bien-aimés

En Loire-Atlantique, les curieux et les inconditionnels de la librairie indépendante, associative ou coopérative les trouveront à L’embarcadère (Saint-Nazaire), La plume (Blain), l’Odyssée (Valet) ou à La très petite librairie de Clisson, plus si petite que ça dans son nouvel espace. Sympa aussi de les voir sur les étagères de L’équipage à Bouaye. Sans oublier la toute nouvelle et belle Lise&moi à Vertou. La marelle de Marie-Hélène Bahain, de par la proximité géographique de l’auteure, est déposée à la maison de la presse de Saint Philbert de GrandLieu ou au tabac-presse de Martine L. à Saint-Colomban.

En Vendée, à Rocheservière, la toute jeune librairie au si joli nom, Le livre dans la théière, les présente sans hésitation aux côtés de maisons plus connues. Plus à l’Ouest, à Douarnenez, on les trouvera à L’ivraie où l’on écoutera son piano mécanique magique,  et chez Cadry’s, ce passionné d’encadrement qui trouve tout naturel de proposer Les maritimes.

Et puis, hasard des rencontres, dans la très sympathique librairie Le Haut quartier, dans les rues piétonnes et parfumées de Pézenas. Oui, c’est dans l’Hérault.

Merci à toutes et tous ces libraires passionné(e)s, ces fêlé(e)s de la belle ouvrage…

 

[édito 5, mars 2014]

ni lettre au père, ni papaoutai

Pas un tombeau de Bernard Bretonnière n’est ni le Papaoutai de Stromae ni la Lettre au père de Kafka. Un autre chemin suivi dans cette « suite de proses rapides pour dire un père ».

Bernard Bretonnière dresse un portrait haut en couleurs, et porte un regard bienveillant (mais sans concession…) à travers les souvenirs, petites choses, manies, tics de langage, travers, marottes, humeurs et caprices paternels. A la monotonie du « mon père » qui ouvre chaque fragment répond une vivante et tendre énumération oscillant entre le grave et la drôlerie.

Ce père tellement présent, on le découvre autant à travers le regard de l’enfant que celui du fils devenu adulte, ou de l’adulte devenu père lui-même. Toutes ces empreintes et traces laissées peignent un homme fort, qui impose, bon vivant, parfois attachant, d’autres fois beaucoup moins, un homme scruté, montré, détaillé dans toute sa diversité kaléidoscopique.

Cette image est forcément vraie tant l’obsession de dire et de dire juste, ne peut laisser place à la tricherie. Ceci n’est pas un tombeau, car ce père(sonnage)-là est et restera éternellement vivant dans l’histoire du fils. Une belle manière de le (re)trouver, ou de ne pas le perdre, selon.

 

[édito 4, octobre 2013]

premiers retours, premières lectures

Quand on démarre une activité d’édition, les premiers retours de lecteurs sont attendus avec impatience. Le moindre signe positif, aussi petit soit-il, est à prendre comme une marque d’encouragement.

A Nantes, librairie Coiffard, Véronique a accueilli les premiers « oeils éblouis » avec chaleur en recommandant sans hésiter Le flacon à ses clients, même en pleine rentrée  littéraire. Sur un blog, une dénommée Lisette, fidèle lectrice de Marie-Hélène Bahain, s’enthousiasme pour La Marelle.

Le grand lecteur et poète Christian Degoutte, dans la revue Verso, ne cache pas son admiration pour les trois titres et fait un bel éloge des Maritimes. L’écrivaine Huguette Hérin-Travers consacre une chronique très sensible à La marelle, dans la revue Encres de Loire.

De façon plus discrète, un mot dans une conversation, un petit mail rapide, un texto, une petite ligne accompagnant une commande, autant de petites choses qui disent le plaisir de l’objet, le goût des mots, la douceur des récits et des poèmes.

Quelques « j’aime » sur Facebook aussi. Ok, je continue.

 

[édito 3, juillet 2013]

l’odeur du papier chaud sortant des presses

Ils sont donc là. Bien livrés, bien alignés ! Pas un exemplaire ne manque à l’appel. Tous, empaquetés, sous film, comme brillants. Dire que l’attente était insoutenable est une litote !

Une légère appréhension. Découper, ciseauter, libérer les livres. Prendre fébrilement l’objet, faire glisser ses doigts le long de la couverture. De très légères stries, pas trop marquées, juste agréables. Ouvrir, déplier, toucher les pages, leur texture, leur épaisseur.

Ouvrir grand les yeux (est-ce là l’éblouissement ?). Le format, la couleur du titre, le choix de la police. Bien regarder la qualité de la reliure, les cahiers assemblés, brochés. Le collage aussi. Un petit coup d’œil sur le dos, bien centré, comme prévu. La quatrième de couverture. Le calage du texte. Plein d’autres choses encore, qui relèvent presque de l’intime…

Et puis l’invraisemblable. Approcher le livre de ses narines, tout en refermant les yeux. Et sentir. Avouerai-je cette petite folie ? Qu’elle est douce et parfumée l’odeur du papier chaud sortant des presses !

 

[édito 2, avril 2013]

marelle, flacon et maritimes

Association peut-être absurde de mots, cadavre exquis ! mais avec les articles le, la, les, un dénominateur commun : les trois premiers titres de L’œil ébloui.

Dans l’œuvre de Marie-Hélène Bahain,  après Sept jours moins toi et Je ne serai pas m., récits où la difficulté de communication plombe le désir de vivre, La marelle vient comme une bouffée d’oxygène. Avec Hélène, dont l’âge est à peine celui des premiers souvenirs, la vie semble à chaque instant nouvelle et toute exploration, minutieuse et émerveillée, ouvre la porte à tous les possibles. Fragments d’instants d’une année initiatique, avec juste la teinte de naïveté qu’il faut, et aussi quelques cicatrices.

Avec Le flacon, Jean-Paul Andrieux offre un récit où l’on suit les troubles de la passion dans une société en déclin. Tout est dans le à peine dit, le détail d’un souvenir, l’ébauche d’un geste, une musique, un portrait, un parfum… La relation entre Madame et le colonel, en apparence délicieuse, est une passion que l’on devine brûlante et destructrice. En même temps que cette histoire se déroule sous nos yeux, une autre se joue, curieusement imbriquée : ces deux-là ne sont pas seuls dans une vie qui s’achève.

Quant aux Maritimes, j’en sais seulement que l’œil ébloui est bleu.

 

[édito 1, janvier 2013]

l’œil ébloui dans la toile de l’œ-commerce

Je prends le parti du rêve et de l’audace. Je fais le pari de dire qu’il n’y a pas trop de livres, le pari de son utilité, sa nécessité, même envisagé différemment dans la chaîne du livre.

Je prends le risque de la casser cette chaîne qui, crise et nouvelles technologies obligent, n’est plus aussi soudée. Pas de réseau de diffusion et de distribution. Ça ne m’ennuie pas. Il existe très peu de structures de diffusion/distribution qui développent leur activité sur la petite et moyenne édition. Quand elles existent, même quand elles vivotent, il leur faut un catalogue, un vrai. Quand commence le catalogue ?

Pas de libraire non plus. Ça m’ennuie beaucoup plus. J’irai en voir quelques-uns, rencontrerai les professionnels, leur proposerai quelques dépôts. Çà et là, autour de chez moi, un peu plus loin peut-être, au hasard de mes rencontres…

Tout en aimant encore le livre, le défendant, croyant à la belle ouvrage, si peu intéressé par le e-book donc, me voilà paradoxalement plongé dans le e-commerce. Curieux de se dire que c’est en partie là – en partie seulement – que se joue la réussite de L’œil ébloui.