les dits de nantes, françoise moreau, avis et lectures

Jours anciens
Françoise Moreau est une auteure discrète dont nous aimons le grand talent de conteuse. Elle sait comme personne évoquer la grande Histoire, en cherchant dans son ombre la trace d’existences modestes. On se souvient d’Eau-forte, son premier roman, qui racontait un épisode de la construction du canal de Nantes à Brest.
Les Dits de Nantes est un recueil de six nouvelles. Son projet ? Peut-être, comme elle le dit joliment, tenter d’écrire « les choses qui se vivent et se racontent mal », et faire resurgir un passé à la fois proche (celui de sa jeunesse) et très lointain. Comme le disait récemment un ami écrivain, les années 1950 ressemblaient à bien des égards à la fin du XIXe siècle. Surtout dans les campagnes reculées de Loire-Inférieure, où le voyage à Nantes en car Drouin relevait d’une expédition exceptionnelle, où Notre-Dame-des-Landes n’évoquait que le bon beurre que l’on y fabriquait.
Avec malice, tendresse et un brin de nostalgie, Françoise Moreau fait revivre un petit monde disparu, et notamment la société des femmes en milieu rural. Qu’elle revisite le folklore ancien dans Le pont maudit, ou imagine un rendez-vous amoureux vingt ans après la Libération, elle fait à chaque fois preuve d’une inventivité, d’un sens de la construction narrative qui permettent de la comparer à un Maupassant moderne, sa modestie dût-elle en souffrir.

Alain Girard-Daudon, 303 n°140, mars 2016

Fin recueil de nouvelles, Les dits de Nantes ressuscite une Cité des Ducs aujourd’hui presque entièrement disparue. Véritable madeleine de Proust à l’usage des nostalgiques, ces courts récits, signés Françoise Moreau, font resurgir, des brumes du passé et de la mémoire, le pont transbordeur, les cars Drouin, la liesse de la libération et la mode des robes vichy. Qu’on ne s’y trompe pas pourtant, loin de céder à une mode rétro lénifiante, ces historiettes, faussement lisses, ne manquent ni d’âpreté ni de pertinence sociale. La tristesse des paysannes égarées dans la grande ville ou celle des naïves amoureuses attendant en vain leur bel Américain libérateur se chargent de démythifier un passé qu’on aurait tort de trop idéaliser. Aussi magiquement mélancoliques que les clichés sépia d’antan, ces capsules temporelles ont également, parfois, toute la tristesse discrète de certaines œuvres de Jacques Demy.

Franck Redois, Presse-Océan, 1er décembre 2015

Françoise Moreau, au travers de six histoires réinventées, fait remonter à la mémoire des noms de lieux ou de marques presque oubliés, emblèmes de l’Histoire du pays nantais.
Qui a déjà lu certains de ses livres retrouvera avec délectation, dans celui-ci, la belle écriture de Françoise Moreau. Belle, élégante, savoureuse et délicate dans l’ironie légère, un brin nostalgique ici, qui se plaît à retrouver des mots et des expressions surannés (de ce temps où les oculistes n’étaient pas encore des ophtalmologues, ni Notre-Dame-des-Landes une ZAD, mais une coopérative laitière) en réveillant une mémoire nantaise teintée de douce mélancolie. Une écriture particulièrement attentive aux détails et aux êtres, singulièrement aux petites gens.
Fine observatrice à laquelle rien n’échappe, Françoise Moreau, au travers de ces six histoires réinventées, fait remonter à la mémoire des noms de lieux ou de marques presque oubliés, emblèmes de l’histoire de son pays nantais : Drouin, Decré, Dames de France, Cassegrain, Chantiers Dubigeon ou pont transbordeur.
Encore remarquables par la précision et la justesse du vocabulaire, la langue et le ton de Françoise Moreau pourront commencer de s’apprécier, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, dans ce petit paragraphe clairement narquois :
« C’est ce qu’a répondu Marie-Reine. Je vais consulter à Nantes. Parce qu’il y a mille façons de faire avouer à une femme qu’on a vue prendre le car des voyageurs ce qu’elle est allée voir en ville. On tourne autour et on l’agace de questions insignifiantes et félonnes comme dards de guêpes. On peut aller jusqu’à proposer de garder les enfants. Je vois que tu vas à Nantes souvent, n’hésite pas ! L’offre de service vaut droit à confidences, c’est tout naturel, c’est le moins pour un dépôt aussi sacré qu’une paire de bambins dans leurs couches. »
On soulignera enfin le soin exemplaire porté à la présentation, à la typographie et à la fabrication de ce livre par l’éditeur nantais L’Œil ébloui.

Bernard Bretonnière, sur le site de Mobilis, 8 décembre 2015

Récits nantais de Françoise Moreau. En deux livres qui viennent de paraître ce dernier trimestre, Les dits de Nantes (Ed. L’oeil ébloui) et Vinyle Face B (Diabase), Françoise Moreau traverse de manière intime Nantes et les années soixante. C’est le portrait d’une adolescente qui, de petits riens en grands bouleversements, prend le chemin de l’indépendance avec les chansons de l’époque et la face B des disques comme repères et ponctuation. C’est avec Les dits de Nantes, un retour sur site du côté du Pont Maudit, du quai de la Fosse, un itinéraire bis dans la mémoire d’une ville, au féminin recomposé.
C’est le souvenir d’un vendeur en triporteur de la rue Mercoeur, les trajets en cars Drouin, un serment d’amour sur le pont transbordeur. Cinq nouvelles pour une dentellière qui reprend le fil du temps comme on le ferait d’un linge brodé.

Ouest-France, 23 décembre 2015

Et aussi :
Lire la lecture sur le site Itzamna Librairie, 19 février 2016

l’auteurela page 53commander