les questions innocentes, gilles baudry, chroniques et lectures

Pour Claire-Neige Jaunet, qui lit ce recueil, il s’agit de questions à méditer, à ancrer en nous pour ne pas perdre l’essentiel, à faire résonner dans nos vies à la manière d’un « point d’orgue » qui prolonge sa vibration.

Ce sont trente pages de « questions innocentes » que Gilles Baudry offre à notre méditation, trente questions regroupées dans deux livrets, et dont certaines, en regard du texte imprimé, reproduisent l’écriture même du poète. Deux illustrations réalisées par l’auteur illustrent cette belle édition : des vols d’oiseaux et des plantes stylisées évoquent une calligraphie aux couleurs du cosmos, bleu foncé sur bleu clair. Ainsi, côte à côte, les mots posés sur le papier, et la présence par le geste de celui qui vient partager avec nous son regard sur le monde. Plus exactement, son questionnement.

Que sont ces questions soi-disant « innocentes »? Ce sont des questions qui « dérangent », parce qu’elles nous entraînent au-delà des certitudes consacrées par la routine, c’est-à-dire par un certain aveuglement, ou endormissement… Des questions qui « laissent sans voix les réponses » parce qu’elles touchent l’indicible, la « parole silencieuse », des questions qui doivent accepter de renoncer à une réponse rapide et sûre. Ce sont des questions qui partent à la recherche des « sources », de nos sources, de notre rapport à l’univers, nous, ces « reliquats d’étoiles ravaudées »… Des questions qui, dans leur forme brève comme dans leur manière de convoquer la nature – les oiseaux, le vent, les saisons, les ruisseaux, les feuillages…– s’apparentent à des haïkus et cherchent, derrière l’impression fragile, l’épaisseur et la pérennité de la création: quel est donc ce monde végétal autour de nous, ou ce monde animal, de quoi nous parlent-ils, comment percer leur mystère ?

« Innocentes », ces questions, certes pas : elles portent sur nos limites, nos handicaps, nos rêves, et les dépassements dont nous sommes capables. C’est aussi notre rapport au temps qui se trouve interrogé : le passé, l’avenir, la vitesse, le rythme, comment les vivre pour en saisir la juste mesure ? Et l’espace, comment gérer notre présence « ici » et « ailleurs », comment interpréter notre solitude, que faut-il lire dans nos attentes – attentes de quoi, d’ailleurs ?

En fait de questions « innocentes », ce sont des questions à méditer, à ancrer en nous pour ne pas perdre l’essentiel, à faire résonner dans nos vies à la manière d’un « point d’orgue » qui prolonge sa vibration. S’il est une réponse à ces questions, Gilles Baudry va la chercher dans la parole d’un autre poète, Rainer Maria Rilke, pour clore le recueil : « Seul le sentiment le plus intime, à l’heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner des réponses ». C’est sans doute l’expérience de la vie monacale – Gilles Baudry est moine à l’Abbaye de Landévennec – qui a permis à l’auteur de découvrir la richesse de la plongée dans l’intime : loin de nous retrancher du monde, elle nous y ramène avec un regain d’authenticité.

Lecture de Claire-Neige Jaunet, sur le site de mobilis, 13 juin 2017

les questions faussement innocentes de gilles baudry

C’est quoi une question innocente ? Une question naïve ? Idiote ? Inoffensive ? La question que pose les enfants et qui renvoie parfois aux choses simples ? Ou celle qui, sous son apparente candeur, nous ramène au désir de comprendre le quotidien, les événements ou le mystère de l’existence ?

Que nous apprennent alors les questions innocentes de Gilles Baudry ?

Sans réponse, elles savent nous dire l’inquiétude : Comment se tenir compagnie quand on est seul ?, témoignent de la beauté du monde : Les nuits blanches sont-elles l’insomnie de la neige ?, expriment la subtilité et l’ambiguïté du langage : Propriété privée de quoi ? Sentier battu par qui ?, interpellent l’imagination  : A quoi songe le rêve ? Vers quoi tendent les racines ? De quoi s’émeuvent les feuillages ? ou, très malignement, posent la question de la question : Puisque vous me soumettez à votre question, quelle réponse voudriez-vous entendre ?

A force d’être posées, elles ne semblent plus questions. La question est et ne dit rien d’autre que le questionnement. Elles affirment – avec certitude ? – que l’interrogation est déjà le savoir et la poésie.

le point de vue de l’éditeur, avril 2017

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