un œil sur lumière brûlée

Avec Lumière brûlée, Franck Cottet, poète de l’émotion et de l’intime, signe un livre touchant et beau. Il est question de “tragédie de la rupture”, mais aussi du salut dans l’écriture, de l’espérance dans le poème.

Il est question ici de “tragédie de la rupture”. C’est ce que nous dit la quatrième de couverture. Cette dimension tragique est attestée par le choix en exergue de citations de l’Ajax, puis de l’Electre de Sophocle. Et aussi par ces mots du poète dès la première page : “J’ai la froideur d’une pierre depuis qu’un vautour me mange le cœur”. Ce n’est rien moins que Prométhée enchainé qui est ici évoqué.

Cependant Franck Cottet dont nous connaissons l’expression retenue, et limpide, ne verse pas dans la grandiloquence. Certes il s’agit de parler du malheur dont on ne se remet jamais (du moins c’est ce que l’on croit), d’explorer la douleur : “La sensation qu’à l’intérieur tout est dévasté. Ou peut-être mort.”

Il s’agit d’éprouver sous toutes ses sombres couleurs l’expérience de la perte, du gâchis : “J’ai échangé des heures de rêves déchirés/pour les yeux d’une que j’ai cru princesse/Mais.” Il s’agit enfin de renoncer, parce que c’est nécessaire, malgré la difficulté, et la persistance des souvenirs qui surgissent comme des remords : “Tes lèvres tellement loin maintenant/me brûlent encore//Tes lèvres tellement loin maintenant/ne me touchent plus.” Quand il ne reste plus que le gris ordinaire des jours : “Maintenant/tout le temps/ perdu/je le remplis avec des gestes/utiles et prosaïques.”

Cependant, et c’est ce dont témoigne ce livre, il est un jour où, sortant de “la nuit si longue”, les mots reviennent. “J’arrive au bout du silence. De mes mains. J’écris. À nouveau.” Ce sont là les premiers mots qui ouvrent ce recueil sincère et pudique. C’est dire qu’il y a un salut dans l’écriture, une espérance dans le poème. La poésie de Franck Cottet est discrètement lyrique. Elle ne craint pas de dire Je, ni de s’exposer, et chacun de ses poèmes est comme un aveu qu’il nous donne à partager de nos fragilités communes, “ce pauvre cœur des hommes”, selon la belle expression de l’écrivain japonais Soseki. Poète de l’émotion et de l’intime, Franck Cottet signe ici un livre touchant et beau, sobrement illustré par sa fille Lara.

C’est le troisième volume de cette heureuse collection pœsie, aux éditions l’œil ébloui. En même temps, Franck Cottet célèbre cette année les vingt ans des éditions Le chat qui tousse qu’il a fondées.

Lecture d’Alain Girard-Daudon, 13 novembre 2017, parue sur le site de mobilis

et aussi

Il y a de la déchirure dans ce livre, troisième volet d’une trilogie.

Il y a la sidération de la rupture. Le sentiment de vide sidéral qui plombe et fait perdre tout repère car on est accroché à son cœur. Le corps qui pèse sur les balances de l’inutile. L’absence qui pèse comme une ancre et empêche tout mouvement qui ne soit pas une dérive.

Il y a la douleur de l’absence. le présence, en creux, vive, des souvenirs. La présence, douloureuse, de l’autre désarrimé de nous-même. Une réalité que l’on encaisse comme des coups qui sonnent et laissent proche du KO. Et du chaos.

Et il y a la parole qui pose devant soi les mots, comme un sac de peine.

Alain Boudet, sur le site La toile de l’un, juin 2018

 

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