la marelle, ce qu’on en dit

C’est beau, c’est une petite perle de littérature, un superbe récit.
Par habitude, en commençant ce nouveau livre de Marie-Hélène Bahain, mon corps s’est arqué vers le livre, mes muscles se sont tendus vers les mots, habitué à lire ses livres sans interruption, sans pause, sans respirer.
Mais très vite, mon corps s’est finalement reposé. Chaque mot a été soigneusement choisi pour appartenir à la douceur et à la rondeur de l’enfance.
Tranquille petite fille contemplative qui ouvre déjà tous ses sens au monde, qui a poussé un peu vite dans une nouvelle vie, dans le monde adulte. Le récit en demi-teinte nous montre l’environnement de la petite fille qui change, évolue mais comme en fond sonore. Le sujet c’est son regard à elle, les yeux qu’elle pose sur les adultes, sur son monde intérieur, imaginaire, fort, riche qui lui donne la force de grandir.
Telle en jouant à la marelle, la petite Hélène grandit au fil des mots.
À découvrir et à lire et relire sans relâche, comme ses précédents romans Je ne serai pas m. ou Sept jours moins toi

Lisette121 sur le site booklubarty, 31 juillet 2013


Hélène a cinq ans. Enfant encore unique, elle n’a jamais quitté ses parents. Elle est de la campagne, d’une époque disparue ; songez : les petits voisins d’Hélène font à pied les 3 kms du chemin qui mène à l’école ! Pour sa première année d’école, comme elle est petite et habite loin du bourg, elle sera « en pension » chez Madeleine et Germaine, deux vieilles demoiselles. La marelle est le récit de cette année, de ses mille et un drames (pas petits : y’a pas de petits drames pour les enfants) ou émerveillements. Entre l’école, les autres enfants, les adultes du bourg, le quotidien chez Germaine et Madeleine, les rites religieux (les demoiselles sont chargées de l’entretien de la sacristie), etc. tout est pour Hélène objet de surprise, de crainte ou d’éblouissement. Objet de répulsion ou/et de désir, de plaisir ou/et d’illusions. MH Bahain, sans « rien qui pèse ou qui pose » comme dit l’autre, par petites touches, phrases sans chichi, place le lecteur (affreux barbu, vieille dame qui bloblote) dans le corps d’Hélène. C’est délicieux : ça nous remplit de sensations ; on voit par les yeux d’Hélène, on goûte par sa bouche, on touche par ses mains, on parle naïf avec la fraîcheur de sa voix. La lecture de ce livre me fait le même effet que certaines peintures des Nabis (Vuillard, Bonnard…) quand on n’arrive pas vraiment à démêler les visages des feuillages troués de lumière. « C’est une tâche qu’elle se donne : prendre soin des souvenirs les meilleurs, raviver leurs teintes, les caresser, les réchauffer afin qu’ils ne tombent pas en poussière » dit MH Bahain.

Christian Degoutte, revue Verso n°155, décembre 2013


Hélène ne sait pas « quelque chose », ne connaît pas les vraies raisons pour lesquelles elle est placée, là, chez deux demoiselles d’un temps révolu ; elle ne sait pas dire le manque, l’abandon : « Elle est en ce moment de nulle part » ; dans une insondable torpeur que seuls des rites d’une désuétude désespérante peuvent susciter. L’enfant se laisse engloutir par ces jours qui s’allongent, ces menus frissons qui ponctuent les silences des vies condamnées aux pas à pas, aux manières retenues, guindées…
La terre est « comme une eau poussiéreuse »qui retient les sensations qu’ensuite l’enfant peut laisser filer entre ses doigts. Cependant, le jeu de la marelle, dans sa forme rigoureuse d’aéroplane cloué au sol, lui donne des ailes, et le palet qu’elle jette dans une case jusqu’au ciel est un miraculeux trésor.
Immuablement, chez les demoiselles, la vie est sous le contrôle des prélats, des fêtes religieuses, des processions, des litanies… Sous le regard de l’enfant, tout cela est exploré, mais aucune prière, aucun rosaire ne la libèreront d’un insidieux sentiment d’enfermement. C’est de la terre que viendra la matière généreuse et la petite fille, déjà, « y puise les forces nécessaires afin que ne s’étiole pas sa vie ».
Comme l’enfant, nous sommes avides d’explications ; nous les cherchons sur les rebords de la nuit, et nos pas sont incertains. Le récit de Marie-Hélène Bahain nous suggère que peut-être nous aurions tout oublié de ce monde de complies, de soumission – tant il est déconcertant, quasi irréel ; alors notre regard reste rivé à celui de la petite, et nous éprouvons son attente tout à tour fiévreuse et raisonnée.

Huguette Hérin-Travers, Encres de Loire n°65, automne 2013


Dans l’œuvre de Marie-Hélène Bahain,  après Sept jours moins toi et Je ne serai pas m., récits où la difficulté de communication plombe le désir de vivre, La marelle vient comme une bouffée d’oxygène. Avec Hélène, dont l’âge est à peine celui des premiers souvenirs, la vie semble à chaque instant nouvelle et toute exploration, minutieuse et émerveillée, ouvre la porte à tous les possibles. Fragments d’instants d’une année initiatique, avec juste la teinte de naïveté qu’il faut, et aussi quelques cicatrices.

Le point de vue de l’éditeur, avril 2013