lettre de natalia…, ce qu’on en dit

J’ai beaucoup aimé cette lettre en forme de règlement de compte poétique d’une femme mal aimée par son mari, le grand Pouchkine, et par la postérité qui voit en elle une cocotte « frivole et ignorante ». Mal aimée donc, mais dès lors qu’elle complète le journal de son mari agonisant, au bureau même du grand écrivain, la plume devient vertige, les regrets acides mais l’esprit clair. C’est une femme blessée qui prend alors la parole et c’est superbe ! Ne le manquez pas, quinze ans après, ce texte a gardé toute sa puissance et résonne d’autant plus avec notre temps qu’il interpelle et nourrit nos réflexions contemporaines sur les relations amoureuses. Et quelle plume !

Frédéric, libraire à Nantes (librairie Durance), mars 2021


Très très beau, forme et fond parfaitement adéquat !

Cécile et Géraldine, libraires à Nantes (Les Bien-aimés), mars 2021


Ce long et superbe poème en prose d’une soixantaine de pages est ambivalent : si l’autrice se coule dans le personnage de Natalia, c’est pour mieux en déborder et universaliser son propos. Texte flirtant beaucoup avec l’érotisme, le sens charnel, il en reste pourtant délicat sans jamais trop en montrer.

Lire toute la chronique de Warren Bismuth sur le blog Des Livres rances, mars 2021


Très belle édition chez l’Œil ébloui du texte de Cathie Barreau : Lettre de Natalia Gontcharova à Alexandre Pouchkine, avec les dessins à l’aquarelle de Patricia Cartereau. Un grand merci à cette maison d’édition nantaise qui a pris la décision de rééditer ce merveilleux roman, précédemment publié chez Laurence Teper en 2006 (sous le titre Journal intime de Natalia Gontcharova), et qui n’était plus disponible.

Dominique Panchèvre, directeur Normandie Livre et lecture, post sur Facebook, 4 janvier 2021


Un récit bref, érotique et charnel mêlant fiction et Histoire avec beaucoup d’harmonie.

Lire toute la chronique de Caroline sur le blog Un dernier livre avant la fin du monde, avril 2021


(…) Cathie Barreau est une romancière et poétesse de haute tenue. En témoigne ce texte monologue, puisque c’est une lettre adressée adressée par sa femme à l’immense Pouchkine, alors que celui-ci, blessé à la suite d’un duel (acte d’orgueil stupide) est en train de mourir. À l’homme qui agonise, elle donne en quelque sorte, une leçon de vie, à moins que ce ne soit une leçon d’amour, ce qui est un peu pareil. Car ce grand séducteur que fut Pouchkine possédait les femmes plus qu’il ne les aimait, sa jouissance était dans l’instant où succombait sa conquête. À l’heure de sa mort, celle qui fut l’amante et l’épouse, celle qui ne dit jamais rien parle enfin, et cela dure l’espace d’une nuit. Il s’agit dans l’urgence de questionner un échec, un rendez-vous manqué, comme si souvent, entre un homme et une femme. « Alexandre mon ami, pourquoi ne nous sommes-nous pas rencontrés ? »

Posant la question, Natalia a l’intuition de quelques réponses. Avec des « si » elle refait le juste parcours, « Si tu avais décidé de me séduire au lieu de me posséder ». Allant plus loin, elle dit au poète ce que c’est que l’amour charnel, ce qu’il doit être. Elle a pour cela les mots francs, représente la rencontre des corps dans leur douceur et leur sauvagerie. Elle dit surtout qu’il n’est de véritable union sans le partage de la jouissance. Toutes choses qu’ignore semble-t-il le grand Pouchkine et tant d’autres hommes avant et après lui. « Une histoire de femmes, aurais-tu dit. » Peut-être, et même sûrement, mais une nécessité de le dire.  « Tous les livres à écrire devront maintenant dire comment on traverse la vie, comment on aime… »

Ce livre est une fiction. Si Pouchkine est bien mort des suites d’un duel, on ne connait pas de textes de la main de Natalia Gontcharova. Cathie Barreau a imaginé cette lettre, avec la grande connaissance qu’elle a de la littérature russe (Tsvetaïeva notamment). D’un fait historique avéré, elle tire prétexte pour évoquer le patriarcat à l’œuvre dans la grande Russie, pour déboulonner un peu les statues des grands hommes, et exprimer le désir absolu de liberté qu’ont pu ressentir celles qui vivaient dans l’ombre. « Pas la liberté d’aller et venir dans le monde comme une courtisane. La liberté de rester seule, de laisser grandir en moi l’écoute des arbres et des oiseaux, des rues et des visages. » Virginia Woolf, dont Cathie Barreau est une grande lectrice, n’est pas loin. C’est « une vie à soi » que réclame Natalia. Ce beau texte féministe, généreux et sensuel, était paru en 2006 chez un éditeur aujourd’hui disparu. Les éditions de L’œil ébloui ont la bonne idée d’en faire une réédition joliment illustrée avec les roses un peu fanées de la plasticienne Patricia Cartereau.

Alain Girard-Daudon, revue 303, n°166, juin 2021


Une lecture de Luce Guilbaud, Décharge n°191, septembre 2021

Une narratrice qui n’a pas la parole dans son milieu, à l’époque où elle vit, épouse du grand poète Pouchkine, s’adresse à lui tandis qu’il agonise dans la chambre proche, victime d’un duel où il a défendu son honneur d’homme bafoué (on voit ce qui se joue là des mœurs de cette société !). « Souvent jaloux… je vous aimais sans jamais rien attendre » dit Pouchkine dans Eugène Onéguine, parle-t-il de lui-même ? Dans cette lettre fictive, Natalia Gontcharova dévoile sa liberté de penser avec des mots qu’elle n’a jamais pu exprimer vraiment.

Ce texte est une analyse du féminin dialoguant avec la virilité dans une entreprise toujours à reprendre, renommer, reconsidérer… C’est un retour et un regard sur une relation amoureuse à l’évidence riche mais pas toujours en adéquation avec les attentes féminines. L’homme y assume le rôle qu’il a reçu du monde et de son éducation, sa quête du bonheur dans les plaisirs faciles quand la femme aurait pu être comblée par un seul regard de vérité. Celle qui écrit sait qu’elle n’a eu accès qu’à une part de cet homme qu’elle a aimé (qu’elle aime !). « Je n’en étais pas digne » dit-elle simplement de sa place d’épouse, de femme aussi « sotte » que les autres, qu’on respecte dans son rôle assigné, qui n’est vue qu’à travers ce rôle.

A l’écoute des gémissements de son époux, elle juge et se permet de dire enfin ce que leur relation aurait pu être alors qu’elle se prépare au prochain rôle de veuve telle que la mort va l’ordonner. « Nous aurions dû nous souvenir à chaque instant que mourir est notre avenir. »

Cathie Barreau n’évite ni la cruauté, ni la crudité dans l’énonciation des regrets et des reproches de Natalia. Écrivant et pensant aujourd’hui, elle a su trouver un ton à la fois intime et juste pour aborder le sujet de la jouissance féminine longtemps réservé à l’écriture masculine. Elle a des lucidités teintées de romantisme en accord avec la poésie de Pouchkine dans sa quête de liberté et d’emportement. S’ « il est interdit de parler de la mort, de l’amour et du Caucase », ce livre très émouvant nous transporte dans des lieux, des espaces, des atmosphères que la littérature russe nous a appris à aimer. On retrouve ici les ombres de Marina Tsvetaïeva et d’Anna Akhmatova : l’amour, la douleur, l’exigence d’être… Cathie Barreau révèle ici une puissante parole de femme qui est avant tout parole de poète.

Cette ultime lettre déborde de désirs, de rêves, de regrets et c’est aussi le dernier élan passionné d’une femme qui livre avec sincérité ce qu’elle sait d’elle-même dans le rapport amoureux, ce qu’elle a vécu, ce qu’elle aurait pu vivre. Natalia Gontcharova est une héroïne tragique, cette lettre secrète est une preuve de « ce mal insensé : l’amour » (Pouchkine) autant que de ressentiment et de nostalgie.

Le texte est suivi d’une postface qui replace celui-ci dans le contexte de l’époque de Pouchkine. L’érudition de Françoise Nicol fait écho à l’imagination et à l’inspiration de l’auteure de cette Lettre. La liberté apparente de l’écriture de Cathie Barreau nourrie de poésie russe et le drame évoqué concordent parfaitement avec la pensée d’une femme inquiète des difficultés d’ajustement des personnes dans le couple même très amoureux.

Le livre est illustré de très belles aquarelles de roses rouges isolées, prêtes à faner, de Patricia Cartereau.