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Les peintures gourmandes des Gourmandises

Que dit chaque peinture composée par l’artiste Nicolas Lambert pour illustrer et accompagner le savoureux texte de Françoise Moreau, Des gourmandises sur l’étagère ? Impressions et notes rapides.

Page 15. La nappe est dépliée. Ce n’est pas un festin, juste un déjeuner sur l’herbe. Manger grassement et apaisé. « Les deux corps imposants ouvrent un angle gourmand sur la nappe blanche. » Déjeuner en paix pour Marie-Gabrielle et Odilon.

Page 25. La voiture jaune et décapotable de luxe. Fonçant à travers la campagne, Berthe, leur fille, étale un autre monde. Monde de l’argent et de la volupté, mais le calme n’y est pas. Tant de précipitation vers le lieu du repas. La voiture va trop vite pour le rapprochement secrètement désiré. « Elle n’a jamais eu le temps. »

Page 37. « Berthe, Berthe, Berthe » à la une des magazines. Beurk, beurk, beurk, croit-on entendre. Déposée là sur une couverture papier glacé, la pose forcée, le corps déformé, les habits trop larges. Couleurs de la mode, de la tendance du moment, « la mort en habit de parade ». Loin de l’enfance (cf page 47).

Page 47. La charlotte est moelleuse, gaie, vivante. « Leur couleur déjà vous met en bouche l’enfance, ou la douceur, ou l’épicé, ou le délicat. » Alors que le gâteau semble très sucré, la légèreté est là, loin du poids de la séparation des parents d’avec leur fille.

Page 57. Le gâteau roi. Le Betsy cake. Il ressemble à une couronne, éclatante, orgueilleuse. Pour la tête de Berthe. C’est « un petit gâteau très léger », lit-on, le cadeau de la réparation.

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Natalia Gontcharova, libre d’écrire

Le sujet de la liberté est au cœur de la lettre que Natalia Gontcharova écrit à son mari, Alexandre Pouchkine. Lettre fictive que Cathie Barreau nous adresse comme une ode à l’amour et au désir.

Au-delà de l’aveu d’une femme blessée d’être mal aimée (« Tu ne t’es pas soucié de moi ou, du moins, tu t’es occupé de moi comme un homme s’occupe de ses biens : il faut en jouir et les conserver près de soi. »), Natalia G. exprime une profonde colère. La plainte contre un mari célèbre qui a revendiqué sa liberté (« Tu te voulais libre, tu l’écrivais, tu le criais. ») sans entraîner dans le même élan son épouse. « Il me manquait une chose : la liberté. Pas la même que la tienne, pas celle d’aller et venir dans le monde comme une courtisane. »

L’incompréhension est là : quand l’un pense plaisir immédiat, l’autre espère attention et regard : « Aurais-tu alors regardé dans mes yeux ? Tu y aurais vu de quoi traverser le miroir. » Le constat est sans appel : « Je n’avais pas envie de toi, parce que ton sexe ne me donnait rien qui pût me prouver que j’étais un être libre et vivant. »

L’amant rencontré, l’homme des promenades, « jamais il n’a poussé mes mains ou ma bouche vers son désir ». C’est dans l’exaltation du sentiment amoureux que naissent le vertige, la sensualité et la découverte du plaisir. « J’étais libre et inventive », dit alors Natalia G.

La liberté ultime est de l’écrire. Pas seulement dire les faits et libérer sa parole, mais plus encore, affirmer les mots en décrivant sensiblement l’intime. S’affranchir des codes et parvenir à la poésie du désir amoureux. Et du silence : « La liberté de rester seule, de laisser grandir en moi l’écoute des arbres et des oiseaux, des rues et des visages ; en silence. »

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Couverture de Je suis cet homme, fiction suprême de Bernard Bretonnière« Je suis cet homme à vous pareil et dissemblable »

Dans ce troisième texte anaphorique de Bernard Bretonnière publié par L’œil ébloui, le poète interroge ce qui fait notre singularité et notre universalité.

« Je suis cet homme en délicatesse avec lui-même », « Je suis cet homme qui sourit pour ne pas chuter », Je suis cet homme… 210 fois répétés pour tenter d’épuiser la vision que le poète a de l’humain. Une longue liste prenante, envahissante, troublante, qui dresse le portrait de l’Homme en l’homme ou en la femme que nous sommes.

Quel est le je qui s’exprime ici ? Le seul poète qui énonce ses doutes et sa fragilité ? Un narrateur inconnu qui se dévoile  ? Ou cette femme, ce proche, ce passant, cette rencontre ?

À moins que vous ? Ne vous reconnaissez-vous en ce personnage qui « n’y comprend plus rien », « dont les enfants seront les juges », « qui s’arrange avec le ridicule » ? Moi, oui. Je suis bien « cet homme agacé par les hommes », « qui pleure après ses énergies brisées », « qui rêve de partir seul sans bagages ». Pas tout à fait celui « qui survit à l’arraché », pas vraiment « celui qui se demande s’il a jamais donné ». Quoique. Si, un peu, oui tout de même. Dans cet ensemble, je ne suis pas tout, mais je m’y retrouve. Je me reconnais.

« Je suis cet homme est-il moi ? » interroge Bretonnière. Là est probablement la fiction suprême. Le mystère de l’écriture de l’Homme à la fois unique et soi, mais plus ou moins pareil à l’autre et, peu ou prou, la somme des deux.

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