françoise moreau mène l’enquête

Oublié dans la rivière, le dixième roman de Françoise Moreau, revient sur la découverte en 1841 d’un jeune homme noyé dans le Don, une rivière de Loire-Atlantique.

Ce n’est pas la première fois que le thème de la recherche de vérité est le sujet d’un roman de l’écrivaine. Déjà, dans Eau-forte, son grand succès et son tout premier roman, c’était la quête identitaire de François que le lecteur suivait et découvrait à travers les révélations sur sa naissance. Ici, dans Oublié dans la rivière, c’est l’enquête sur les mystères de la mort d’un paysan qui fonde le récit.

Comme dans Eau-forte, c’est à partir de silences et de non-dits que toute la trame se met en place. Mais cette fois, c’est l’auteure-narratrice qui prend les choses en mains. Pas grand-chose à se mettre sous la dent : un patronyme et des faits vagues non prouvés. « C’est mince pour commencer une enquête » déplore l’écrivaine se remémorant quelques bribes de phrases lancées par sa grand-mère.

Mais qu’est-ce qui est le plus jubilatoire ? Retrouver dans les archives l’acte de décès, creuser la généalogie familiale et révéler quelques timides traces de vérité, ou construire, comme dans une fiction, tous les cheminements de la pensée dans le labyrinthe de l’imagination ? À coup sûr, le plaisir de raconter l’emporte. Certes, il y a recherche, mais ce sont la rumeur, la supposition, la déduction suspicieuse qui alimentent la matière du roman.

« On se fait le film ? » interroge la narratrice. De la légende familiale naît le récit. On n’aura pour seule révélation qu’« un coupable présumé ». Maigre pour réparer l’oubli, mais immense pour un roman quand tout n’est que littérature.

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il n’y a pas de photographies dans photos de famille

Éric Pessan feuillette son album intime. Un dévoilement tout en pudeur, qui affleure l’image, sans la montrer.

En narrant des souvenirs fragmentés, dans un temps passé indéfini (« j’ai un curieux usage du temps »), l’écrivain se raconte. L’album photo est un miroir où l’on se projette, il est le creuset de la mémoire, là où tout se dit et se révèle.

À travers le souvenir déformé, étiolé, parcellaire, les photos nous réinventent. L’écrivain parcourt les photographies et semble réenvisager sa vie. Un travail sur l’absence, l’oubli, l’éphémère pour constituer, au bout du compte, une image de soi, dont on ne sait pas si elle est fidèle ou fictive : « On est le dernier à se reconnaître. »

En exergue, Pessan cite Michaux: « Qui laisse une trace, laisse une plaie. » Reprendre la photo, la récrire, c’est aussi dire et réparer les blessures. Aussi, dans ce recueil, on trouvera des évocations du petit enfant au visage empâté, des amis perdus, des silhouettes de filles entraperçues, des paysages qui laissent planer les mystères…

Grâce à un subtil jeu de mise en abyme, les dessins de Delphine Bretesché, çà et là, accompagnent les poèmes de l’auteur. Non pour représenter le texte qui dit la photo, mais, plus librement, pour évoquer un lieu ou un objet par un trait en noir et blanc, plus ou moins précis, voire effacé.

La photo est bien omniprésente dans Photos de famille, mais elle n’est pas visible, il est si difficile de la dévoiler : « J’éprouve toujours la plus grande difficulté à regarder la photo de l’enfant que j’ai été. »

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le cahier d’écriture de marie-hélène bahain

Dans La Marelle, le lecteur avait quitté la petite Hélène après sa première année d’école. Il la retrouve six ans plus tard, à l’entrée du collège. C’est le temps du Cahier bleu.

A cinq ans, malgré le dépaysement et l’éloignement de ses parents, Hélène était curieuse de tout, s’émerveillant du moindre événement. Certes déjà craintive, mais elle grandissait et apprenait à vivre, enchantée.

Dans Le cahier bleu, fini l’euphorie, place au doute. « Elle est peureuse, affreusement peureuse, elle promène sa peur partout elle va. » La gamine n’en est plus une. Son corps change, les émois des filles de son âge la perturbent, elle découvre les interdits. Elle se sent comme impuissante face à la tristesse de son père et au monde complexe des adultes. Tout de même, avec aplomb, elle ose la révolte dans l’institution catholique.

Heureusement la lecture. Son imaginaire s’affole et éveille ses sens. Et l’écriture dans le précieux cahier pour se trouver et se ressourcer dans des mondes parallèles. « Elle invente, elle est au centre d’elle-même. Le préau n’est plus gris, froid et sombre, mille vies l’habitent et débordent sur la morne cour où peine un tilleul chétif. » Le théâtre surtout. Dans la comédie de la vie, elle théâtralise ses peurs pour mieux s’en affranchir.

À la fin de La Marelle, on suivait la procession fleurie de la Fête-Dieu où tout est éblouissement. Là, au moment où l’été revient, les interrogations foisonnent. « Et les autres, ceux qui ne sont pas heureux, papa qui ne l’est plus, ils vont où. On en fait quoi. » « Pourquoi la crainte étouffe-t-elle le désir. » Sans point d’interrogation, pas de réponse attendue. Ou alors dans le cahier bleu.

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